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November 24, 2023
Le Monde reviews Stella Maris, by Elias Khoury: “A magnificent epic”

Le Monde reviews Stella Maris, by Elias Khoury: “A magnificent epic”

Richard Jacquemond reviews Stella Maris in Le Monde, November 2023

An Israeli Palestinian tries to find his place in a society that marginalizes him. “Stella Maris”, by Elias Khoury, is a magnificent epic.

The new book of the great Lebanese novelist Elias Khoury is the second volume of a trilogy titled Children of the Ghetto. This title, which was highlighted in the first volume (My name is Adam, Actes Sud, 2018), is relegated here to the background, on the title page, as if to suggest that we can read this novel without having read the previous one. However, we can only encourage the reader of Stella Maris  to read “My name is Adam”, if only to understand where Adam Dannoun comes from, “the hero and narrator of this story”, child of the ghetto of Lydda (Lod, in Hebrew), where the Israeli army imprisoned the few hundred inhabitants who had not fled the city but escaped the massacres which accompanied its capture in the summer of 1948.

With a complex writing, My name is Adam multiplied the embedded stories, palimpsests, (self-)quotes and backs and forths between history and fiction. This second volume is a much more linear story, and tells Adam’ story in the third person. We find him here in Haifa – the title of the novel refers to the Stella Maris Monastery, established on the slopes of Mount Carmel, which overlooks the city. He fled the ghetto of Lod with his mother, who remarried after the death of her first husband. Unable to put up with the bullying from his stepfather, he leaves the family home, soon taken under the wing of Gabriel, a Polish Jew. He calls himself Adam Danôn, falls in love with the daughter of his protector, and undertakes Hebrew literature studies. Convinced that he is Jewish, his literature professor chooses him to join the student delegation taking part in an organized trip to Poland – very strong moment of the novel where Adam meets Marek Edelman (1919-2009), leader of the ghetto uprising in Warsaw, who chooses to stay in Poland after the Second World War.

Throughout the book, history and fiction intertwine inextricably: the story of Adam’s life is constantly punctuated by others, those of Jewish or Arab men and women, or both at the same time, like the Iraqi Jew Heskel Kassab, who teaches pre-Islamic literature at the University of Haifa. Stories of expulsion, forced migration, persecution: Elias Khoury plays on the communal nature of the destiny of Jews and of Palestinians, and the way in which the latter have become the Jews of the Jews – isn’t it the Israelis themselves who have called “ghettos” these urban spaces where Palestinians who remained in Israel after 1948 were confined? Adam has left the Lodz Ghetto with his mother but the trauma of confinement, didn’t leave him. He takes refuge in silence, fleeing memory, in vain. For him, “vestiges are the memories and memories kill. He told the professor that memory was a disease which had to be gotten rid of. The past is an illness and mourning it converts tears into an ocean of illusions”.

At the end of the novel, Adam, now forty years old, declares to Dalia Ben-Tzvi, his new Jewish companion: “I am not Sa’îd the Peptimist by Emile Habibi.” However, there is more than one point in common between the hero of Elias Khoury and that of the great Palestinian novelist (1922-1996), author of The Extraordinary Adventures of Sa’îd the Peptimist (Gallimard, 1987). Starting with, in Adam’s own words, this “chameleonist” identity, the only way to survive in an Israeli society that is marginalizing him and making him invisible.

With this magnificent epic, Elias Khoury achieves through fiction the equivalent of what Palestinian writer Mahmoud Darwish (1941-2008) managed to do with poetry: expressing the Palestinian condition in as a human condition, in its singularity and universality. A reading oh, how necessary in these times, when dehumanization of the Other triumph from all sides.

 

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In its original French version below:

« L’Etoile de la mer », d’Elias Khoury : un homme-caméléon au pied du mont Carmel
Un Palestinien israélien tente de se faire une place dans une société qui le marginalise. Le nouveau roman de l’écrivain libanais est une magnifique épopée.

Le nouveau livre du grand romancier libanais Elias Khoury est le deuxième tome d’une trilogie intitulée Les Enfants du ghetto. Ce titre, qui était mis en évidence dans le premier volume (Les Enfants du ghetto. Je m’appelle Adam, Actes Sud, 2018), est ­relégué ici au second plan, sur la page de titre, comme pour signifier qu’on peut lire ce roman sans avoir lu le précédent. Pour autant, on ne saurait trop inciter le lecteur de L’Etoile de la mer à lire Je m’appelle Adam, ne serait-ce que pour comprendre d’où vient Adam Dannoun, « le héros et narrateur de cette histoire », ­enfant du ghetto de Lydda (Lod, en hébreu), réduit où l’armée israélienne enferma les quelques centaines d’habitants qui n’avaient pas fui la ville mais échappé aux massacres qui accompagnèrent sa prise à l’été 1948.

D’une écriture complexe, Je m’appelle Adam multipliait les récits enchâssés, palimpsestes, (auto-)citations et allers-retours entre l’histoire et la fiction. Ce deuxième tome est quant à lui un récit beaucoup plus linéaire, racontant l’histoire d’Adam à la troisième personne. On le retrouve ici à Haïfa – le titre du roman fait référence au monastère Stella Maris, installé sur les pentes du mont Carmel, qui surplombe la ville. Il a fui le ghetto de Lod avec sa mère, remariée après la mort de son premier époux. Ne supportant plus les brimades de son beau-père, il quitte le domicile familial, bientôt pris sous l’aile de Gabriel, un juif polonais. Il se fait appeler Adam Danôn, tombe amoureux de la fille de son protecteur, entreprend des études de littérature hébraïque. Persuadé qu’il est juif, son professeur de littérature le choisit pour intégrer la délégation d’étudiants qui participe à un voyage organisé en Pologne – moment très fort du roman où Adam rencontre Marek Edelman (1919-2009), dirigeant du soulèvement du ghetto de Varsovie qui choisit de rester en Pologne après la seconde guerre mondiale.

Tout au long du livre, l’histoire et la fiction se mêlent inextricablement : le récit de la vie d’Adam est sans cesse ponctué par d’autres, ceux d’hommes et de femmes juifs ou arabes, ou les deux à la fois, à l’instar du juif irakien Heskel Kassab, qui enseigne la littérature pré islamique à l’université deHaïfa. Histoires d’expulsion, de migration forcée, de persécution :Elias Khoury joue sur la communauté de destin des juifs et des Palestiniens, et la manière dont ces derniers sont devenus les juifs des juifs – n’est-ce pas les Israéliens eux-mêmes qui ont nommé «ghettos» ces espaces urbains où les Palestiniens demeurés en Israël après 1948 ont été confinés? Adam a quitté avec sa mère le ghetto de Lod mais le traumatisme de l’enfermement, lui, ne le quitte pas.II a beau se réfugier dans le silence,fuir la mémoire, rien n’y fait. Pour lui, «les vestiges sont les souvenirs et les souvenirs tuent.II dit au professeur que la mémoire était une maladie dont il fallait se débarrasser. Le passé était une maladie et le fait de le pleurer convertissait les larmes en un océan d’illusions».

(…)

Avec cette magnifique épopée, Elias Khoury réalise au moyen de la fiction romanesque l’équivalent de ce que l’écrivain palestinien Mahmoud Darwich (1941-2008) a réussi à faire avec la poésie :
exprimer la condition palestinienne en tant que condition humaine, dans sa singularité et son universalité.Une lecture ô combien nécessaire en ces temps où la déshumanisation de l’Autre triomphe de toutes parts.